Entre le solde résiduel et le bénéfice net, mon cœur balance

Juin 2021

Denis Boies est agronome-agroéconomiste et enseigne en gestion agricole à l'ITA, campus de La Pocatière. Il a conseillé les syndicats de gestion agricole et agit comme juge à l'Ordre du Mérite agricole. Il a remporté en 2008 une Mention d'honneur de l'Association québécoise de pédagogie collégiale.

crédit photo: ITA de Lapocatière

Lors de la réalisation d’un projet d’investissement, doit-on accorder plus d’importance à l’impact de cette dépense sur le bénéfice net ou sur le solde résiduel?

Définissons dans un premier temps les deux concepts. Le bénéfice net standardisé, peu importe le statut juridique de l’entreprise, est le bénéfice après la rémunération des exploitants. On obtient le montant du bénéfice net en soustrayant les charges (ou dépenses), ainsi que la rémunération du travail des exploitants sous diverses formes (salaire, dividendes, retraits sur les billets aux actionnaires et retraits des propriétaires) des produits (ou revenus) de l’entreprise.

  • Bénéfice net = Produits – charges – rémunération

Cette façon de calculer le bénéfice net permet de le standardiser, peu importe que l’entreprise soit une propriété unique, une société en non collectif ou encore une compagnie. Le bénéfice net est ajouté à l’avoir des propriétaires en fin d’année financière. Il représente le rendement du capital investi dans l’entreprise par les propriétaires.

Le solde résiduel, ou la marge de sécurité (selon le prof de l’UL Raymond Levallois), est la marge obtenue avant les intérêts sur les emprunts, les salaires et l’amortissement et à laquelle on enlève la rémunération du travail et les paiements sur la dette. La dette comprend le capital et les intérêts.

  • Solde résiduel = bénéfice net + amortissement – paiement sur la dette

Le solde résiduel ainsi calculé est associé à la capacité de remboursement (CDR) maximale de l’entreprise puisque l’amortissement n’est pas considéré. En bref, il représente le solde ou la capacité d’autofinancement. Un chiffre positif indique que l’entreprise à la capacité de rembourser les emprunts.

D’autres distinctions sont à faire quant à la nature des deux concepts. Par exemple, le bénéfice net ne vous rend pas plus riche en liquidité. C’est comme un REER pour lequel on vise un rendement pour la retraite. Pour sa part, le solde résiduel est un peu plus liquide puisque l’amortissement, qui est une charge mais pas une sortie d’argent, n’est pas considéré alors qu’il l’est dans le calcul du bénéfice net. De même, le bénéfice net n’inclut pas le paiement en capital sur les emprunts qui est une sortie d’argent, mais pas une charge, comme les intérêts. Il faut aussi distinguer le solde résiduel du compte de banque puisqu’on y retrouve les variations d’inventaires et le jeu des comptes débiteurs et créditeurs, tout comme dans le bénéfice net.

Maintenant que les bases sont jetées, essayons de répondre à la question de départ: Lors d’un investissement, doit-on accorder plus d’importance à l’impact que celui-ci aura sur le bénéfice net ou sur le solde résiduel? Réponse : ça dépend du type d’investissement. Puisque les investissements amortissables sont empruntés sur une durée équivalente à la vie utile ou économique, l’impact sur le bénéfice net se rapprochera habituellement de celui du solde résiduel.

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Dans l'exemple de la machinerie, si l’impact sur le bénéfice net de cet investissement est de 5 000$, l’impact sur le solde résiduel sera de 3 294$ (5000$ + 7 000$ – 8 706$).

Pour les biens non amortissables, tels les terres et le quota, c’est une autre histoire. Si un emprunt est nécessaire pour acquérir le bien, le solde résiduel est à privilégier dans la prise de décision. Le bénéfice net est une mesure de rendement sur le capital investi alors que le solde résiduel permet de connaître la capacité à payer l’emprunt. Puisque l’actif en question ne génère pas d’amortissement, le bénéfice net sera plus élevé que le solde résiduel si l’entreprise a eu recours à un emprunt pour l’acquérir.

Maintenant, prennons l'exemple de l'achat d'une terre. En considérant le même impact sur le bénéfice net que l’exemple précédent soit 5 000$, l’impact sur le solde résiduel sera de – 3706$ (5 000$ + 0$ - 8 706$).

Faire la distinction entre le bénéfice net et le solde résiduel peut permettre de prendre des décisions éclairées lors d’un projet d’investissement. À vous de jouer.