Une production fragile mais bien ancrée dans le paysage agricole

Mars 2021

La production cunicole a connu de meilleurs jours, surtout si on compare avec les années 2014-2015. La consommation à la baisse observée au Québec, comme partout ailleurs au Canada, en témoigne. C’est aussi le cas pour les autres viandes de spécialité, à l’exception de la viande de canard. L’amélioration constatée dans les dernières pour la consommation de lapin est toutefois un signe encourageant pour cette filière.
 

La production semble connaitre, dans les dernières années, une spécialisation et une consolidation. Le nombre d’entreprises comptant plus de 100 lapines a diminué entre 2015 et 2019, passant de 30 à 19 entreprises. Mais le cheptel des élevages comptant plus de 450 lapines est en hausse : il est passé de 740 lapines par ferme en 2015 à 1110 lapines par ferme en 2019. En parallèle, la taille des entreprises de 100 à 449 lapines s’est maintenue durant cette période (+3%), ce qui pourrait démontrer une tendance à la consolidation.

La transformation de la viande de lapin se porte également très bien avec huit transformateurs québécois de produits à base de lapin qui possédaient un permis fédéral leur permettant de faire de l’exportation en date de mai 2020, ce qui représente une hausse de 33% par rapport à juin 2015. Les transformateurs aident à valoriser la viande de lapin et des efforts sont faits pour la mise en marché et la conception de produits transformés.

Source: Ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation (MAPAQ)

Une filière qui s’est prise en main

Depuis deux ans, un agent de développement travaille dans la filière lapin afin de mettre en place une structure de concertation cunicole. Bien que la pandémie ait bouleversé à la fois le calendrier et la réalisation de certains projets, des dossiers avancent. Un service-conseil a été rendu disponible aux producteurs depuis environ un an.  La filière regroupant à la fois les producteurs, les acheteurs et les abattoirs a été consultée à l’automne dernier pour l’élaboration d’un plan stratégique et plusieurs points en commun ont pu être mis de l’avant, dont une volonté de travailler de manière conjointe.

La situation reste toutefois fragile. Comme de nombreuses viandes de spécialité, la fermeture du secteur de l’hôtellerie et de la restauration depuis mars 2020 a fait mal alors que les efforts mis par le secteur avaient donné lieu à une hausse des volumes de ventes, un élan que la pandémie a cassé. En ce moment, 55% des clapiers sont occupés et les producteurs font face à un manque de confiance et de liquidités. Des discussions ont aussi lieu en février avec l’Abattoir Ducharme situé à Granby, le seul à disposer d’un permis fédéral au Québec, pour assurer les services aux producteurs et acheteurs. Environ le quart et un peu plus de la production cunicole est envoyée à Granby alors que le reste est acheminé en Ontario.

Plusieurs projets sont en cours pour soutenir la filière et promouvoir la production. Une association a eu lieu avec la personnalité Marilou et son entreprise Trois fois par jour, présentant des chroniques autour de la cuisine et de l’alimentation. La viande de lapin a été choisie par cette dernière parmi dix aliments afin de la valoriser dans ses recettes. Les partenaires sont aussi en attente quant à l’approbation d’une campagne de promotion de deux ans assortie d’une enveloppe de 100 000$. Une récente rencontre entre les différentes filières de viande spécialisées et le gouvernement a également suscité un sentiment favorable dans le secteur cunicole.

Par Céline Normandin