Vente de courges et de citrouilles: du bonbons pour les producteurs

Vente de courges et de citrouilles: du bonbons pour les producteurs

Octobre 2021

Les citrouilles sont à l’honneur à ce temps-ci de l’année. Avec l’approche de l’Halloween, les boutiques et maisons se décorent pour célébrer la fête tandis que les marchés publics regorgent de courges petites et grosses, de couleurs et de variétés les plus diverses.

Alors que la vente des citrouilles et des courges était auparavant réservée surtout aux marchés et aux épiceries, il est maintenant possible d’aller cueillir soi-même son potiron dans le champ, de la même manière qu’on se rend aux pommes pour l’autocueillette. Il n’est pas rare de voir aujourd’hui des producteurs fruitiers et maraîchers diversifier leurs cultures pour profiter de l’engouement pour les courges, car engouement il y a.

Crédit photo : Ferme Genest

Pour se le prouver, il suffit d’examiner quelques chiffres provenant d’une étude de la Direction de la planification, des politiques et des études économiques du gouvernement québécois, datée de 2018. En 2017, le Québec affichait une croissance de 84 % sur dix ans pour la culture des cucurbitacées (incluant les courgettes). Cette culture équivalait à 29 025 tonnes métriques (dont la moitié était constituée de citrouilles) soit le quart de la production du pays. Au Québec, on dénombrait 621 exploitants agricoles qui cultivaient des cucurbitacées en 2017.

Selon cette même étude, cette popularité est due entre autres à la diversité des variétés et à la valeur nutritive de ces légumes, vus comme un aliment santé. La popularité s’est traduite par une augmentation de 38% du côté des ventes entre 2012 et 2017. Durant la même période, la valeur de ce marché a connu une hausse de 53%. Des produits issus de la transformation, comme les graines de citrouille, ont aussi permis une hausse notable des ventes.

Pas étonnant donc que des producteurs aient voulu embarquer dans ce train, surtout que l’agrotourisme a le vent dans les voiles. Le rapport cité plus haut remarquait déjà que « les cucurbitacées s’inscrivent bien dans l’essor des activités agrotouristiques, dans la mesure où la cueillette de citrouilles gagne en popularité parmi les familles ». La saison des récoltes et de l’Halloween a permis de créer des événements et des activités agrotourisiques qui prennent la forme de festivals, d’autocueillette, de labyrinthes géants, de décoration de citrouilles et de dégustation de produits transformés.

Cette tendance ne serait pas non plus étrangère à la popularité de la fête d’Halloween qui est devenue la deuxième fête la plus célébrée derrière Noël. 

Un pari réussi pour les producteurs

C’est la nécessité d’augmenter les revenus de la ferme familiale qui a mené Marie-Pier Roberge et son conjoint David Gosselin à se lancer il y a deux ans dans la production de courges et citrouilles. La culture du soya, du maïs et des céréales ne rapportant pas suffisamment, le couple a eu l’idée de se mettre à la production des cucurbitacées, une suite logique pour Marie-Pier qui a connu quand elle était jeune la production maraîchère lors du vivant de son père. Située dans le cadre enchanteur de l’île d’Orléans, une ferme de citrouilles cadrait bien avec l’orientation de plus en plus affirmée de l’agrotourisme de l’île. « C’était une offre intéressante », explique Marie-Pier sur leur choix de cultiver et vendre ce légume. Présentement, un peu moins de 30 hectares sur les 200 que compte la ferme sont consacrés aux cucurbitacées.

Marie-Pier Roberge et son conjoint David Gosselin - Ferme Roberge et Gosselin

Après deux ans, la productrice dresse un bilan plus que positif ce de changement d’orientation de la ferme. « On est très satisfait. Ça été une belle année et les gens sont contents de sortir après la COVID. » L’aspect autocueillette n’a pas causé de souci à la jeune femme qui a grandi en vendant les légumes de la ferme en kiosque et qui a pratiqué de nombreux métiers avant de retourner à la ferme familiale. Elle voit aussi une mission de rééducation à faire envers le public en expliquant comment se fait la culture à la ferme. Le public est d’ailleurs curieux et pose de nombreuses questions sur les pratiques agricoles, une ouverture et un intérêt pour l’agriculture et l’agrotourisme qui est perçu de manière encourageante par Marie-Pier.

La ferme cultive une cinquantaine de variété de courges et citrouilles et à leur grand étonnement, les plus « laittes » comme les appelle David sont les plus vendues. Cette réponse enthousiaste pour la nouveauté a convaincu les propriétaires de la Ferme Roberge et Gosselin de poursuivre et oser vers d’autres variétés. Mais déjà ils ont mis en route d’autres projets qui devraient aboutir l’an prochain avec un casse-croûte et un bâtiment pour entreposer les courges. Le coup de pouce du MAPAQ, de la Financière agricole et du Fonds de la région de la Capitale-Nationale dans les défis que représentent l’innovation à la ferme est apprécié par Marie-Pier, surtout pour une relève comme elle. « Les gens croient en nos projets, ça fait du bien ».

La Ferme Roberge et Gosselin vend de la barbe à papa et du pop corn au caramel aux épices d'automne. L'année prochaine, elle veut ajoute à son kiosque des chips et de la poutine de courge.

À l’opposé, la Ferme Genest de Lévis cultive depuis près d’une trentaine d’années des citrouilles qui sont disponibles à l’autocueillette depuis 22 ans. Laura Genest raconte que l’entreprise familiale accueille depuis l’époque de son grand-père les gens à cueillir eux-mêmes leurs fruits et légumes. Le public y est vu comme de la visite et comme tel, on en prend soin, explique la copropriétaire. « C’est tellement une belle paye de voir les gens heureux. Sans eux, on n’existerait pas ».

La Ferme Genest exploite les terres depuis 175 ans. Laura est la 6e génération à en vivre. Elle est posée avec son père Guy Genest. Crédit photo: Jeff Frenette

La culture de citrouilles occupe cinq des trente-deux hectares de la ferme familiale. Seules les citrouilles sont disponibles à l’autocueillette tandis que les courges sont vendues à la boutique pour fournir le supplément d’informations pour aider la clientèle à bien choisir ce qui leur convient.

Au fil du temps, les citrouilles sont devenues une partie prenante de la ferme qui cultive aussi quatre autres cultures. Les citrouilles ont permis de rallonger les activités à la ferme qui se prolongent à l’extérieur jusqu’au 31 octobre. Elles font aussi partie des produits transformés offerts à la boutique sur place et en ligne de la Ferme Genest.

Laura remarque que cette année, l’engouement a été encore plus notable que par les années passées. « C’est une belle activité à faire l’extérieur. Les gens peuvent respirer sans le masque et avoir un semblant de normalité. Ce qu’ils cherchent, ce sont de grands espaces et on leur en offre ».

Comme à la Ferme Roberge et Gosselin, Laura Genest note que les gens sont friands de nouveautés. « Les gens sont de moins en moins traditionnels, ils veulent que ce soit attrayant pour leur décoration ou encore découvrir d’autres choses à manger. Ils découvrent des nouveautés de l’intérieur à deux pas de chez eux ».

Plus que de la déco

La popularité pour les cucurbitacées semble déborder hors du secteur de l’agrotourisme. Quatre producteurs de grandes cultures de la Montérégie ont entrepris de convertir une portion de leurs champs la culture de citrouilles bio à graines nues dans le but de vendre ces dernières. La première récolte réalisée en 2021 est destinée à PRANA, une entreprise québécoise se spécialisant dans la vente de collations santés et bio. La collaboration avec PRANA a été déterminante pour lancer le projet puisque ce marché est inexistant au Québec. Selon l’article de La Voix de l’Est qui a relaté l’histoire, la quasi-totalité des graines de citrouille actuellement disponibles ici provient surtout de l’Autriche et la Chine. Tout est donc à faire au niveau de la transformation, la mise en marché et de la commercialisation. Déjà, la machinerie spécialisée a dû être acquise en Autriche pour mener à bien la récolte.

La décision des producteurs agricoles s’inscrit dans la volonté de nourrir les gens, mais aussi dans l’esprit de l’agriculture régénératrice. Cette approche s’appuie sur un système de principes et de pratiques agricoles qui augmente la biodiversité, enrichit les sols, améliore les cycles de l'eau et améliore les services écosystémiques.

Comme quoi, la popularité des courges et citrouilles pourrait profiter à plusieurs secteurs agricoles et alimentaires au Québec, au-delà de la citrouille d’Halloween.

Par Céline Normandin