Est-ce que les concepts d’économie et d’environnement sont incompatibles?

Septembre 2021

Est-ce que les concepts d’économie et d’environnement sont incompatibles? Oui, non, peut-être?

C’est une question qui est et demeurera difficile à répondre! Souvent les entreprises agricoles sont visées par cette question, mais dans les faits, elle pourrait être posée plus largement à chacun d’entre nous.

Effectivement, si on y pense bien, une partie importante des êtres humains répondront à un vox pop que l’environnement est prioritaire et que l’économie vient par la suite! Est-ce qu’ils se mentent à eux-mêmes? Oui, non, peut-être?

Dans le fond, je crois que personne n’est contre la vertu. Si je leur demandais s’il était important selon eux que chaque enfant de moins de 5 ans ait accès à un petit déjeuner équilibré chaque matin, la réponse serait...ben oui! La seconde question serait donc, combien pourrions-nous prélever à chaque deux semaines sur votre paie pour atteindre cet objectif?

  • 30$...euh oui
  • 60$...euh peut-être
  • 100$...euh non!

Selon ce que m’a partagé un chercheur qui travaille sur une diversité de sujets en regard à l’économie (merci Maurice), le montant réel que versera une personne sollicitée pour ce type de cause représente moins de 50% du montant qu’il a initialement mentionné vouloir verser! Bon.. Est-ce que l’être humain a ses paradoxes? Oui! Est-ce que c’est le seul? Non! Pour évoluer comme société, l’éducation, la sensibilisation et la mise en place de ressources collectives sont souvent les moyens à prôner pour contrer ces paradoxes.

Ainsi, il est difficile de dire que les productrices et les producteurs agricoles sont différents de nous tous quand vient le temps de parler d’environnement et d’économie. Comme le disait Yvon Thérien dans son billet dans le Bulletin des agriculteurs du mois d’avril, les productrices et les producteurs agricoles savent très bien que «  les sols ont une valeur immense pour les fermes. C’est une ressource non renouvelable qui est à la base de leur gagne-pain ». En ce sens, il n’est pas dans leur intérêt de ne pas le protéger et de ne pas en assurer sa santé.

Cependant, malgré une certaine progression des marges bénéficiaires au cours des cinq dernières années, il demeure que les entreprises agricoles doivent également jongler avec des défis monétaires importants. Entre autres, l’augmentation du prix des terres a contribué à un accroissement de la pression sur les liquidités. Des liquidités plus faibles impliquent généralement une réduction de la capacité des exploitants à rémunérer, du moins à court terme.

La solution ? Encore ici, la pensée magique que tout peut-être réglé par un coup de baguette n’a pas sa place! J’ai lu récemment le rapport de maîtrise de Yasmina Larbi-Youcef intitulé «  Les Politiques agroenvironnementales au Québec : Enjeux, perceptives et recommandations ».  Dans l’ensemble, ce document d’une centaine de pages nous fait comprendre la diversité des éléments qui doivent être considérés dans notre volonté collective de protéger l’environnement. Une phrase m’a particulièrement marqué : « Il est temps de percevoir les politiques agroenvironnementales comme les pièces d’un puzzle où chaque morceau seul n’est pas efficace ».

Actuellement, avec la collaboration de plusieurs experts du secteur, nous travaillons à l’élaboration d’un mécanisme de rétribution des pratiques agroenvironnementales. Ce mandat qui nous a été confié par le MAPAQ vise la reconnaissance des efforts déployés par des productrices et producteurs agricoles dans l’atteinte des objectifs du Plan d’agriculture durable 2020-2030 (PAD).  

Bien que plusieurs soient fébriles d’en apprendre plus sur ce mécanisme (Soyez patient!), il demeure que celui-ci ne sera qu’une des pièces du puzzle. Certains le qualifieront comme « la » pièce manquante de notre coffre d’outils … Peut-être! Toutefois, n’oublions pas que l’argent à lui seul ne règle pas tout.

À long terme, je demeure convaincu que la formation des gestionnaires, la recherche innovante et le service conseil adapté sont les piliers qui contribueront à ce que les concepts économiques et environnementaux cohabitent afin de favoriser une agriculture « enviro-prospère » !            

Par Francis Goulet, Directeur Général